Ce n’est qu’un au revoir
Publié par Till the Cat dans Pas si petit ..., Silence ça pousse !, tags: angoisse, crèche, parents, séparation, stressJe vous avez informé, dans le billet qui évoquait le premier Pestac’ de Miniature N°2, d’un projet en cours avec la crèche qui l’accueille deux matinées par semaine. Il est question, dans ce projet, de rédiger des textes concernant les grandes étapes de l’enfance en utilisant le point de vue de l’enfant. Voici la dernière production qui aborde le thème de la séparation. Je remercie 1000 fois Astrid’M qui a accepté de se joindre à moi dans cette aventure et qui a usé de tout son talent pour illustrer ce nouveau texte.
Il y a deux semaines Maman a commencé à me parler d’un truc un peu abstrait. Elle appelle ça la crèche. J’ai cru comprendre que c’était comme une deuxième maison, sans les parents mais avec plein d’autres enfants. C’est là qu’on se retrouve pendant que les parents vont travailler. Maman m’a expliqué que les enfants ne peuvent pas accompagner leurs parents parce que leurs chefs ne veulent pas … c’est nul les chefs ! Elle m’a aussi expliqué qu’il y aurait des gentilles dames qui s’occuperaient bien de nous … même que c’est ça leur travail à elles. (Comme quoi, y’a des chefs qui veulent bien qu’on travaille avec les enfants … elle raconte n’importe quoi maman !)
Et après trois jours à me répéter la même chose, Maman m’a enfin emmené à cette fameuse crèche. Dans la voiture j’ai encore eu droit au même blabla : « Tu vas voir, c’est super la crèche, tu vas bien t’amuser, Maman reviendra te chercher ce soir, tu seras sage hein ? ». Si j’avais mieux su parler j’aurai carrément pu réciter son speach à sa place. Elle est angoissée ou quoi Maman ?
Heureusement, pour habituer nos parents à nous laisser là bas sans trop stresser, la crèche a mis en place un super truc. Avant d’y aller régulièrement il y a une période qu’on appelle « période d’adaptation ». Ca les rassure un peu mais, tu vas voir, c’est pas gagné d’avance …
On est d’abord arrivés dans l’espace d’accueil. C’est là qu’on doit retirer nos vestes et nos chaussures, enfiler nos chaussons et dire au revoir à nos parents avant d’entrer dans le sas magique.
Tu connais le sas magique ? C’est un truc génial qui te nettoie de toutes les particules fines de Papamaman. Dans les particules de Papamaman il y a des poussières de stress, des molécules de tristesse et des fragments d’angoisse de séparation. Une fois que tu es départiculisé , tu peux rentrer dans la crèche sans tout polluer. C’est pour ça que les parents n’ont pas le droit d’y passer ne serait-ce qu’un orteil. Et si par malheur l’un d’eux s’aventure dans le sas pour réclamer un dernier bisou, tu peux sentir toute la pollution tomber sur tes épaules … c’est très désagréable comme sensation et ça picote les yeux … alors du coup tu pleures …
Un jour c’est Papa qui m’a amené à la crèche. Je crois bien que c’était la première fois pour lui. On est arrivés en pleine heure de pointe et y’avait une queue interminable pour passer dans le sas. Moi j’aime pas trop bien quand ça bouchonne parce que ça provoque des pics de pollution. Plus on attend et plus ça pique les yeux. Et le pire dans ces moments là, c’est qu’il y a toujours un papa ou une maman qui éprouve le besoin de raconter en détail aux dames de la crèche le nombre de raviolis que son bibounet a mangé la veille. Mais bon, faut les comprendre … C’est pas simple de confier son enfant. (Moi par exemple j’ai horreur de prêter ma poupée à ma grande sœur, j’ai toujours la trouille qu’elle ne sache pas s’en occuper aussi bien que moi)
Bah mon Papa il était tout stressé aussi. Comme si d’un coup il ressentait à son tour l’effet des particules.
Il était tellement stressé qu’il m’a dit au revoir au moins 4 fois !
Tu sais à quoi ça m’a fait penser ? J’ai eu l’impression d’être le Petit Poucet … C’est pas possible, il a l’intention de ne pas revenir me chercher ce soir pour me dire au revoir comme ça ?!? Comme je n’avais pas un caillou dans la poche, je me suis accroché à son pantalon en hurlant. Et finalement, j’ai fait confiance à la dame de la crèche qui m’a bien assuré que papa reviendrait me chercher. Elle lui a gentiment fait comprendre qu’il était grand temps d’aller au boulot et moi, je suis allé retrouver mes copains et mes copines.
Ca fait maintenant plusieurs semaines que je vais là bas. Je m’y amuse comme une petite folle. Je vois bien que mes parents n’ont pas encore complètement réglé leurs problèmes de stress mais en tout cas c’est certain, moi, la crèche ça m’angoisse beaucoup moins qu’eux !













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